mardi 6 janvier 2009

Gaza, ou le bourbier de la paix


Le décor est planté, les protagonistes campés dans leur rôle, et leurs motivations identifiées.

D’un côte, le Hamas, politiquement affaibli par les conséquences économiques désastreuses engendrées par une année de blocus israélien sur Gaza, et qui joue son va-tout en provoquant Jérusalem à coup de roquettes. De l’autre, un gouvernement hébreu qui, selon un scénario bien rodé, riposte de manière particulièrement offensive – d’aucun dirait déterminée - afin de protéger ses frontières mais aussi, dans le même temps, de rétablir la capacité de dissuasion de Tsahal après les ratées de la guerre au Sud-Liban en 2006.
Et, accessoirement, de donner dans la surenchère électoraliste à l’approche des élections législatives de février prochain.

Et comme à l’accoutumée, l’impuissance de l’Onu, la passivité partiale et assourdissante des Etats-Unis, les gesticulations désespérées de l’Europe et l’agitation stérile des pays arabes.

Sur le terrain militaire, il y a fort à parier que Tsahal sorte une fois de plus vainqueur de ce conflit : comment pourrait-il en être autrement, au vu de la disproportion existant entre les moyens engagés de part et d’autre ? Sur le plan de la guerre médiatique, et à l’instar du Hezbollah libanais, le Hamas pourrait quant à lui fort bien marquer un point.

Dès lors que l’un et l’autre des belligérants parviennent à tirer leur épingle du jeu, qui fera les frais de ce douloureux épisode ? Tout d’abord, les Gazaouis, pris entre l’enclume du Hamas et le marteau de l’Etat hébreu, et dont les conditions de vie n’en finiront pas de se détériorer. Et enfin, la paix dans la région. Evidente dans ses contours et les moyens qu’elle nécessite, elle s’éloigne encore un peu plus au sortir de ce énième conflit entre l’Etat hébreu et ses voisins.

Quand à une résolution diplomatique du conflit (ou une résolution tout court), il ne s'agit pas tant de trouver un terrain d'entente convenable pour tous que de trouver les acteurs politiques qui auraient le courage d'expliquer à leurs opinions publiques respectives les concessions qu'elles peuvent accepter sans renier leurs revendications de fond (ou leur fierté nationale) : frontières respectant plus ou mois la ligne de démarcation de 1967, abandon des revendications des Palestiniens du "droit au retour" contre un sérieux dédommagement financier, partage de Jérusalem.

Mais n'est pas Mandela ou Gandhi qui veut...

Tariq Zemmouri (tarz@gmx.net) pour Democratia .
Journaliste indépendant spécialiste Afrique et Moyen Orient.
Collaborateur à l’hebdomadaire Jeune Afrique (Paris).

10 commentaires:

  1. « Mais n'est pas Mandela ou Gandhi qui veut... »

    Je ne comprends pas très bien ce genre d'invocation aux figures historiques. Pourtant, je salue la clairvoyance de ce texte.

    Il est temps de dénoncer l'hypocrisie.
    Il est temps de dénoncer le cynisme.

    Neslon Mandela ou Mahatma Gandhi ont donné leur vie à des causes qui les dépassaient totalement.

    Arrêtons de geindre sur notre impuissance savamment organisée, celle de l'Union européenne, et réalisons que les médias raffolent de ce genre d'illustrations, comme celle du Daily Telegraph.

    La bande de Gaza est un territoire 23 fois plus petit que l'Alsace, à peine plus grand que la ville de Marseille.

    Stoppons là toutes nos hypocrisies, Gaza s'en portera déjà mieux.

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  2. Je comprends peut-être ce que Lucia a voulu dire en citant « Gandhi ». La meilleure façon de protester contre l'injustice, la plus efficace, la plus mobilisatrice, contre laquelle aucune puissance colonisatrice aussi puissante soit-elle, ne peut rien, est la protestation pacifique. Gandhi l'avait très bien compris. Mais voilà, c'est une autre culture, une autre civilisation. Gandhi ne peut probablement pas être palestinien...

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  3. A Philippe

    C'est Tariq Zemmouri qui a dit mais j’aurais pu le dire aussi.

    A Pierre

    Que veux tu Pierre, on ne se refait pas.. mais on peut en effet imaginer un autre modèle providentiel qui serait fait d’un collectif démocratique par exemple mais il va nous falloir du temps et des institutions qui s’organisent autrement qu’autour d’un seul homme !

    Pour l’instant, nous en sommes pour certains encore à espérer l’homme providentiel qui aura le courage de dire les choses comme elles sont et qui arrivera à insuffler une énergie positive à tout un peuple.

    C’est l’histoire qui nous a donné ces exemples. Alors on se laisse porter de manière puérile et désespéré par ce fantasme lorsque nous sommes face, comme en l’occurrence, à notre impuissance.

    Que faire face à la guerre ? Face à l’oppression ? Réagir par les armes ? Tu vois bien ce que cela donne. Par la non violence. Vois le Dalai Lama. Pas évident.

    Quant à l’illustration dont tu parles, c’est moi qui ai fait le choix de cette image. J’avais, il y a 20 ans, peu ou prou la même photo, en noir et blanc, sur le mur de ma chambre d’étudiante, celle d’un jeune garçon portant la kefie pendant l’Intifada, la guerre des pierres.
    Presque le même regard, la même attitude, la même pierre dans les mains.

    A cette époque, je trouvais le destin de ce jeune garçon triste mais cela semblait si loin de moi qu'il en semblait irréel.

    Aujourd’hui, j’y vois mon fils.

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  4. Citer Gandhi et Mandela, c'est évoquer des personnalités qui ont eu le courage et la clairvoyance de placer le destin de leurs peuples avant leurs ambitions politiques.

    Quant à Mandela, il a eu le génie politique et la sagesse humaine de reconnaître la légitimité de son ennemi et, partant, d'entamer un dialogue authentique avec lui. En un mot, de ne pas camper dans une attitude de refus systématique.

    On ne refait pas le passé, mais ce que je reproche à Arafat, c'est de ne pas avoir su mettre son charisme indéniable au service d'une issue honorable, à défaut d'être totalement juste, pour son peuple.

    Aujourd'hui, tant de souffrances en valent-elles encore la chandelle?

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  5. A ceux qui me disent en catimini que ce choix de photo démontre de mon manque d'objectivité parce que c'est une prise de position, je réponds oui, en effet.

    Mais qu'on ne se méprenne, je ne suis, ni pour la Palestine, ni pour Israël, ni pour les Musulmans ni pour les Juifs mais POUR les enfants! Et peu importe qu'ils soient palestiniens ou israéliens! Un enfant est un enfant AVANT TOUT!

    Les enfants n'ont pas à être sacrifiés sur l'autel de l'égoïsme, de l'orgueil et de la haine des adultes!

    En l'occurrence, il s'agit de l'aveuglement d'un Hammas et d'un Tsahal! Il ne s'agit même plus de la Palestine et d'Israël!

    STOP!

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  6. Sauf que là, il semble bien que soit un enfant luttant tel un soldat. Non? Une petite erreur de photo?

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  7. Philippe, un soldat est un militaire armé faisant partie d'une formation organisée de manière hiérarchique (commandement) grâce à une discipline rigoureuse lui conférant une capacité stratégique et une force d'action.

    En l'occurrence, il s'agit d'un "élément" isolé n'ayant pour arme qu'un caillou face à des agresseurs non visibles dont les armes semblent embraser le quartier. Son âge doit être d'une dizaine d'année.

    Ce choix de photo correspond à ce que je refuse dans les événements de Gaza :

    Que Tsahal et le Hammas se choisissent un champ de bataille et qu'ils se battent si tel est leur choix mais ces affrontements doivent cesser sous cette forme à savoir au milieu des civils et des enfants!

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  8. J'ajouterais une précision concernant ma proposition de confier un CHAMP DE BATAILLE pour que les hommes de Tsahal et les hommes de Hammas (car il ne faut pas se leurrer: il ne s'agit QUE d'une affaire d'hommes et non d'humains) puissent se battre UNE FOIS POUR TOUTES :

    qu'ils y aillent A MAINS NUES !

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  9. @ Philippe :

    S'il s'agissait d'un vrai soldat, la photo ne serait pas prise de face... Ce môme a l'incendie derrière lui, donc il réagit à l'agression, avec les projectiles du terrain. Pierres ou pavés, finalement, ce n'est que le contexte géographique et urbain qui change.

    En relisant mon commentaire, je le trouve un peu abrupte concernant cette illustration. Les médias font ce qu'ils peuvent avec les moyens du bord.

    Mais nous devons en être conscient, quand plus aucun journaliste n'est autorisé à rentrer sur le territoire de Gaza. J'en ai fait le sujet d'un billet sur mon blog, rappelant que la liberté d'opinion ne tient la route que si si la liberté d'information est garantie, et à l'écart de toute manipulation possible.

    http://exigencedemocratique.blogspot.com/2009/01/sur-gaza.html

    Je n'ai malheureusement, pour ma part, pas beaucoup d'autres choses intéressantes à dire sur ce conflit qui m'échappe, tellement son histoire est lourde déjà.

    Et pour rebondir sur le commentaire de Philippe encore, n'oublions pas que des conflits plus récents impliquent des enfants de façon tout aussi cruelle : les enfants soldats du Sri Lanka par exemple.

    Restons vigilants sur tous les fronts.

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